La sophrologie arrive dans les écoles pour le bien-être de nos enfants : interview d’Aude Rabeony

sophrologie a l ecole miniature

Les médecines douces sont en plein développement. Nombreux d’entre nous avons entendu parler de la sophrologie.

Saviez-vous qu’elle commence à se faire une place dans nos écoles ?

Les enfants sont particulièrement réceptifs à ces techniques. D’ailleurs, les bienfaits se voient au-delà de l’enceinte de l’établissement scolaire.

J’ai interviewé Aude Rabeony, sophrologue spécialisée dans l’accompagnement des enfants et de la femme enceinte

Bonjour Aude, merci d'avoir accepté de répondre à mes questions concernant la sophrologie dans les écoles. Est-ce que tu pourrais te présenter et expliquer ton parcours ?

Je suis Aude Rabeony. Je suis devenue sophrologue certifiée suite à une reconversion professionnelle. Avant, j’étais juriste en droit de la santé. J’indemnisais des victimes d’accidents collectifs. J’ai réalisé au cours de ma carrière que ce qui m’anime le plus, c’est d’accompagner les personnes de manière plus humaine. J’ai entamé des études de sophrologie pendant deux ans. Après de nombreux stages, j’ai enfin obtenu mon diplôme.

Comment est-ce que tu interviens en tant que sophrologue aujourd'hui ?

Je suis spécialisée dans la gestion du stress et des émotions. J’interviens au domicile des personnes ou en visioconférence, compte tenu du contexte, auprès d’adultes et d’adolescents. J’apprécie particulièrement travailler avec les enfants, à partir de 3 ans, et les femmes enceintes.

Les séances en visioconférence sont-elles adaptées pour tout le monde, je pense notamment aux enfants ?

Pour les enfants, effectivement, je ne fais pas de visio. Les séances ont lieu à domicile. Le temps d’attention d’un enfant est très court et face à une caméra, c’est très compliqué pour lui d’avoir une interaction très longtemps.

Tu t'es spécialisée dans l'accompagnement de l'enfant et de la femme enceinte. En quoi la sophrologie est-elle intéressante pour ces catégories de personnes ?

Pour la femme enceinte, la sophrologie permet à la future maman de vivre sa grossesse en toute sérénité. Elle permet de lâcher prise sur toutes les contrariétés liées à cet état : par exemple le fait d’arrêter de travailler ou le stress avant les rendez-vous d’échographie, ce qui peut provoquer des tensions.

La sophrologie permet de vivre sa grossesse pleinement. Pour les enfants, elle permet d’activer leurs propres ressources. En chaque enfant, il y a un grand potentiel de ressources que l’on va activer. 

On leur permet ainsi de développer leur bien-être et leur épanouissement mais aussi la confiance en soi, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et la gestion du débordement des émotions. Le fait de canaliser leur énergie, par exemple.

Concernant la femme enceinte, la sophrologie peut-elle intervenir dans la phase de préparation à l'accouchement ?

En sophrologie, on ne parle pas de préparation à l’accouchement car c’est un terme médical. C’est la sage femme ou le gynécologue qui font ces préparations. En sophrologie, nous préparons à la parentalité. C’est à dire qu’on prépare la femme au passage de la grossesse vers l’état de maman. Il y a tout un changement dans ce moment de vie et la sophrologie permet d’accompagner lors de cette transition.

L'accompagnement peut-il aussi se faire en post-partum ?

Oui tout à fait. Après l’accouchement, l’aventure commence. On entre en terrain inconnu. La sophrologie peut accompagner pour être plus sereine par rapport à ce petit être qui arrive et qu’on ne connaît pas.

" Après l'accouchement, l'aventure commence. On entre en terrain inconnu. "

Tu peux donc intervenir auprès de la maman mais également du papa ?

Exactement. En sophrologie, on est dans l’égalité des sexes. Le papa, la maman et bien sûr, le bébé. Parce que quand papa et maman vont bien, bébé capte l’énergie et va bien aussi.

Concernant les enfants, tu interviens dans les écoles. Est-ce que tu peux nous expliquer comment tu en es arrivée à proposer de la sophrologie dans les établissements scolaires ?

Ma première intervention a été un pur hasard. Je suis maman d’une petite fille de 5 ans et à l’école, ils abordaient les émotions. Or, je suis spécialisée dans la gestion des émotions. Ça tombait bien. 

Je suis intervenue dans la classe. J’expliquais chaque émotion : les plus connues comme la colère, la peur, la tristesse mais également la joie ou la fierté. On a aussi parlé de la timidité

Avec les enfants, j’aborde leur vécu, avec leurs mots d’enfants. Par exemple : « Moi, je suis jalouse de ma sœur » ou « Moi, je tape mon frère ». Je leur apprends ensuite, avec des exercices ludiques, à gérer ce débordement. 

Il est important de savoir qu’une émotion, qu’elle soit vécue par un enfant ou un adulte, est quelque chose de normal

Nous sommes humains. Nous avons donc des émotions. Ce qui est plus compliqué, c’est lorsque l’émotion déborde à tel point qu’elle nous paralyse ou devient incontrôlable. Avec les enfants, j’utilise la technique du dragon qui crache du feu pour cracher la colère. C’est une joie de les entendre dire : « Je suis trop fier ! Maintenant, quand je suis en colère, je crache comme un T-rex. » 

Suite à cette première journée, je me suis aperçue que j’adorais l’imaginaire des enfants. Je me suis spécialisée dans ce domaine et j’ai contacté les maisons de quartier, les centres de loisirs et des établissements scolaires.

Est-ce que tu vois la différence avant/après sur les enfants ? Quels sont leurs retours ?

La sophrologie est ludique. Et dès que je propose une séance à un enfant, il adore car il sait qu’on va jouer. Je fais des contes sophrologiques où l’enfant est le héros. Tout se joue, avec des gestes pour s’immerger totalement dans l’histoire. Donc les retours chez les enfants, c’est vraiment magique parce qu’ils sont super contents.

En sollicitant leur imagination, ils sont vraiment dans la peau du personnage. L'objectif serait-il de leur faire ressentir l'émotion ?

C’est exactement ça : ils ressentent vraiment. Le cerveau ne fait pas la différence, entre une situation imaginaire ou réelle : il pense que c’est vrai. C’es ça qui est merveilleux. Donc, plus tu actives du positif, plus le cerveau de l’enfant se dit :  » Ah oui, en fait, je suis super fort. Je sais monter un œuf de dragon en haut d’une colline. » Voilà comment on active le positif.

Quels sont les bénéfices au long terme de ces séances de sophrologie en classe ?

L’enfant est plus calme à la fin. Lors de la séance, on fait un petit conte et, à la fin, on fait une sorte de méditation. Par exemple, pour reprendre le thème de l’oeuf de dragon, dans l’histoire, l’oeuf a des pouvoirs magiques. Il développe des capacités et du coup, avec cette méditation on va travailler cette capacité. Par exemple, de s’accepter, de confiance en soi.  Les enseignants et les parents me disent que les enfants sont plus calmes, plus joyeux. En conséquence, la cohésion de groupe se fait mieux. Il y a un mieux vivre ensemble qui est totalement naturel car ils jouent au même jeu. D’ailleurs ils rejouent le conte ensemble par la suite et s’auto-positivent entre eux. À la maison, ils sont beaucoup plus calmes. La sophrologie les canalise. D’ailleurs, ils partagent l’histoire et le jeu avec leurs frères et soeurs. Donc cela se répercute sur toute la famillefinalement.

C'est super parce que la sophrologie apprise à l'ecole sort du cadre scolaire et se propage.

Il y a même des enfants qui conseillent à leurs mamans de faire le dragon lorsqu’elles sont en colère. C’est mignon.

Tu dis que tu finis par une méditation. Ce n'est pas trop difficile pour eux ?

Lors de la méditation, les enfants ont les yeux ouverts. Parce qu’un enfant avec les yeux fermés, c’est très compliqué. Ils se mettent comme ils veulent : assis ou couchés. Je leur donne une petite balle qui représente l’œuf de dragon. C’est en gardant le contact par le toucher qu’ils restent concentrés. Ils sont dans l’interactivité

Ici l’œuf de dragon a la capacité de nous calmer. Ils imaginent l’oeuf qui va éclore et ils ont le petit dragon dans les mains. Ils rentrent complètement dans l’histoire. C’est une méditation interactive, alors qu’avec les adultes, on est plutôt sur une méditation fermée où l’on s’isole du monde extérieur.

"La sophrologie les canalise et cela se répercute sur toute la famille."

Combien de séances faut-il pour voir un effet durable sur le comportement de l'enfant ?

On peut avoir des effets tout de suite. Mais il faut surtout s’entraîner. La sophrologie, ce n’est pas de la magie. Il faut entraîner le cerveau à être positif et à avoir confiance en soi. Et c’est par la répétition des choses qu’on y arrive. On refait donc les exercices plusieurs fois. Cinq à huit séances peuvent suffire. La sophrologie est une thérapie brève. Les enfant vont acquérir les automatismes et vont devenir autonomes.

Ces enfants deviendront-ils des adultes plus sereins qui sauront mieux gérer leurs émotions ?

C’est ça. Ce qui est génial aussi, c’est que les enfants se l’approprient, et vont faire preuve d’originalité en grandissant. Parce qu’un ado, à 15 ans ne va plus faire le dragon, mais il va pouvoir l’intégrer autrement. Le but est, qu’à force de faire ces exercices, on devient créatif et on se l’approprie.

Quel est le niveau des classes dans lesquelles tu interviens ?

Je vais intervenir dans les classes de maternelle mais aussi dans les maisons de quartier. Du coup, j’ai des groupes de 6-11 ans, et des 12-15 ans. Je vais animer également un atelier pour la prise de parole en public qui est parfait pour le bac et pour tous les examens… Mais aussi pour les adultes.

Est-ce que tu peux nous raconter un retour de parent ou d'enseignant qui t'a particulièrement marqué ?

J’ai deux retours qui m’ont marqué. Le premier, c’était une maman qui m’a envoyé un texto après la première séance en me disant : « Extraordinaire. Je suis sortie de ma réunion et il était d’un calme incroyable. » J’étais très contente.

Le deuxième retour vient d’une maman qui m’a dit : « J’aimerai être plus proche de mon enfant. Je sens que j’ai besoin de passer des moments plus précieux avec lui. » Se dire qu’avec la sophrologie tu renoues ce lien parent-enfant, c’est formidable.

C'est vraiment beau. Finalement l'effet positif se répercute sur toute la famille.

En fait, l’enfant veut montrer ce qu’il a appris. Et comme ce sont des histoires que j’invente, forcément, il veut le raconter à ses parents et jouer avec eux. Au final, comme il y a cette interaction, c’est plus qu’une histoire, c’est un vrai vécu.

As-tu déjà pensé à développer des livres audios ?

J’ai des idées qui émergent qui vont un peu dans ce sens. J’ai très envie de faire des petits cahiers pour vraiment faire ce lien parent-enfant. Plutôt que de lire une histoire, j’aimerai que les deux soient acteurs pour retrouver leur âme d’enfant : c’est que du bonheur !

Quels conseils pourrais-tu donner à d'autres thérapeutes qui voudraient développer la sophrologie dans les écoles ?

Mon conseil, quand on travaille avec des enfants en école ou en individuel, est de garder son âme d’enfant. Il faut s’amuser. La sophrologie avec les enfants, c’est vraiment faire preuve de créativité et de capacité d’adaptation. Un enfant, c’est imprévisible. Au beau milieu de l’histoire, il ne va pas vouloir découper les lianes, ou passer dans la grotte. Il va vouloir tout mettre au feu. Il faut donc rapidement adapter l’exercice selon sa réaction.

De par ton parcours, tu as gagné la confiance de l'école où tu officies. Mais penses-tu que c'est facile d'intervenir dans un établissement qui ne te connaît pas ?

Il faut effectivement se faire connaître, se présenter. La mairie peut également aider. Dans mon cas, c’est elle qui m’a soutenue pour me faire connaître des maisons de quartier

Il y a aussi les associations de parents d’élèves qui sont très importantes. Plus on se fait connaître dans toutes ces structures liées à l’enfance, mieux on intègre facilement l’école parce que tout est une question de compétence, mais surtout de confiance

C’est très important qu’ils puissent connaître la personne, qu’elle ait également une expérience. N’hésitez surtout pas à faire, de manière bénévole, une séance dans une école pour voir comment ça se passe. La confiance arrivera à ce moment-là.

"Contacter les mairies, maisons de quartier et associations de parents d'élèves permet de se faire connaître."

Tu peux aussi faire des séances aux enseignants. Y a-t-il un intérêt ?

L’intérêt dans les écoles, c’est que l’enseignant est présent. Il fait le dragon avec nous. Il peut ensuite reproduire ces exercices si, à un moment donné, les enfants sont trop agités. Il va ainsi pouvoir recentrer et recanaliser l’énergie. 

Bien sûr, si on a la chance de pouvoir faire des séances aux enseignants eux-mêmes, pour les détendre compte tenu du contexte anxiogène de la crise sanitaire, cela leur ferait le plus grand bien.

Merci beaucoup, Aude d'avoir répondu à ces questions. À bientôt !

aude rabeony portrait

Aude Rabeony, sophrologue spécialisée dans la gestion des émotions de l’enfant et de la femme enceinte. 

Retrouvez Aude Rabeony sur son site rabeony-sophrologie.fr.

Cette interview vous a plu ? N’hésitez pas à la partager. 

2 réponses

  1. Je regrette de ne plus être un enfant pour bénéficier des bienfaits des séance d’Aude.

  2. Bonjour Jean-Pierre, je vous comprends tout à fait ! Ceci dit, on garde tous notre âme d’enfant, non ? 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

J'accepte la politique de confidentialité*

Lire d'autres interviews ...

Scroll To Top