Travailler dans le digital en étant non voyant : Oui, c’est possible!

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Aujourd’hui, je voudrais parler d’un sujet que l’on connaît peu : l’accessibilité du digital aux personnes non voyantes. J’ai eu la chance de pouvoir discuter avec Marcel Davermann, commercial chez Kestio.

Il nous explique comment il s’organise au quotidien pour utiliser l’informatique et quel est son mindset pour atteindre ses objectifs professionnels. 

Marcel Davermann

Bonjour Marcel et merci d'avoir accepté cet interview. Pourrais-tu te présenter ?

Bonjour. Je suis Marcel, j’ai 27 ans et je suis commercial chez Kestio, une entreprise qui forme des commerciaux. Je suis également en alternance dans une école qui forme des business developers. Avant cela, j’étais commercial chez relais-colis. À la base, je m’étais formé dans le domaine bancaire et assurances, mais il me manquait la relation client et le lien au digital, c’est pourquoi j’ai changé de secteur.

As-tu toujours voulu travailler dans le digital ?

J’ai toujours voulu être commercial et j’ai toujours aimé les nouvelles technologies à savoir que j’ai déjà conçu quelques blogs sous WordPress qui parlent de nouvelles technologies. Pouvoir allier le digital au commercial c’est vraiment super pour moi.

Je t'ai contacté parce que tu as une particularité : tu es non voyant. Est-ce que tu portes ce handicap depuis la naissance ?

Non, depuis l’âge de 7 ans, suite à une pathologie.

Est-ce que ce handicap est un frein pour tes projets professionnels ?

C’est vrai que pour le parcours pro, ça peut être un frein. On envoie beaucoup de CV, et lorsqu’on est reçu lors d’un entretien, les questions tournent toujours autour du handicap et non pas des compétences. On est obligé de prouver qu’on peut travailler comme une personne lambda. Mais il faut persévérer et ne pas se décourager.

Les outils digitaux nécessitent d'utiliser la vue. À un moment donné, t'es-tu dit que ce serait trop compliqué ? Est-ce que tu as eu envie d'abandonner ?

Non jamais, je n’aime pas trop abandonner ! (rires) C’est dans mon caractère. Maintenant, sur les ordinateurs et les smartphones, on a des lecteurs d’écran qui te permettent d’avoir un retour vocal ou en braille sur ce qu’il y a d’affiché sur l’écran. Le problème est que les développeurs ne respectent pas toujours les normes RGAA (Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations) qui sont des normes d’accessibilité. Il est vrai que la plupart des développeurs ne les connaissent pas. Et le problème est que le lecteur va lire parfois « bouton » au lieu de lire ce qui est inscrit.  Ce genre de problème nous empêche totalement de naviguer sur internet.

Comment fais-tu dans ce cas ?

Soit on apprend les boutons par coeur, soit on cherche des alternatives. 

Tu parlais d'une possibilité de transcrire en braille. Comment ça fonctionne ?

En fait, tu branches un petit appareil ce qui rend accessible en braille ce qui est inscrit sur l’écran. Il y a une petite surface avec des petits points qui montent et descendent en temps réel, en fonction de ce qui est inscrit sur l’écran.

Peux-tu avoir les deux simultanément ?

Oui, d’ailleurs lorsque je travaille, je trouve que c’est mieux d’avoir les deux.

Du coup, grâce à cela peux-tu utiliser tout type d'outils informatiques ?

Oui, tu peux utiliser pas mal d’outils. Par exemple, là j’utilise un Mac, parce que Apple, il n’y a pas à dire mais en termes d’accessibilité ce sont les meilleurs. Je n’ai pas besoin de rajouter de logiciel supplémentaire alors que sous Windows, tu dois rajouter un logiciel supplémentaire qui peut monter jusqu’à 1 300€. Il existe des logiciels gratuits mais qui ne sont pas excellents.

Et concernant les plateformes, réseaux sociaux, logiciels de gestion de projet... Tout est accessible finalement ?

Oui, tout à fait. Par exemple pour la gestion de projet, j’utilise Trello. La version web n’est pas géniale, mais en passant par l’application c’est plus accessible. Pour les réseaux sociaux, je peux citer Linked In qui n’est pas génial en termes d’accessibilité. Je suis obligé de l’utiliser dans le cadre professionnel, mais ce n’est vraiment pas terrible. Facebook est le réseau le plus accessible. Twitter n’est pas mal non plus.

Sur les réseaux ou sur les plateformes de projet, tu as plusieurs sections, des tableaux ou des fenêtres de messagerie. Le logiciel ne va-t-il pas lire de manière anarchique ?

Il va vraiment te lire le texte comme il apparaît à l’écran et dans le bon ordre. Le logiciel suit la logique de lecture. Le seul truc est que si les développeurs n’ont pas labelisé les boutons ou certaines balises, c’est là que ça bloque. Après, ils n’en ont parfois pas connaissance, c’est pour cela que ce n’est pas fait de manière systématique. 
Aux États-Unis, ils vont même plus loin et mettent des amendes aux sites qui ne respectent pas les normes d’accessibilité. Domino’s Pizza par exemple a récemment eu une amende parce que son site ne respectait pas ces normes !

Est-ce que tu crois que c'est possible pour une personne non voyante de devenir développeur d'application ?

Oui, tout à fait. Il existe des écoles pour apprendre à coder à destination des personnes non voyantes. J’ai moi-même dans mon entourage des personnes qui codent. Par contre, tout ce qui touche au design, on ne pourra pas du tout le faire. Cela peut poser problème car souvent les entreprises demandent aux développeurs d’agir également sur le rendu visuel, et on sera limité de ce côté-là.
Je pense que s’il y avait plus de personnes non voyantes qui codent, les choses seraient plus faciles en termes d’accessibilité.

Parlons un peu mindset. Est-ce que tu as un leitmotiv ou un état d'esprit particulier pour arriver aux objectifs que tu te fixes ?

Pour moi c’est simple : plus on va me dire que la chose est compliquée, plus je vais faire en sorte d’y arriver. Je fais aussi du sport, et pour moi la vie c’est comme le sport : il y a des objectifs et il faut les relever. Plus c’est compliqué, plus il faut mettre les chances de son côté pour y arriver, tout simplement.

Et penses-tu que le handicap aide justement à avoir ce mindset ?

Alors tout dépend de la personnalité. Je connais des personnes dans le même cas que moi, certaines vont attendre que les choses se passent alors que d’autres vont faire en sorte d’y arriver. Je pense qu’il faut en faire deux fois plus pour y arriver qu’une personne lambda, mais chacun a sa vision.

Quel conseil donnerais-tu à des personnes qui seraient démotivées ?

Mon conseil c’est vraiment de ne pas se décourager, tout simplement. Parce qu’à partir du moment où on se décourage, c’est sûr qu’on ne réalisera pas nos objectifs. Pour moi, 50% d’un objectif réussi c’est la mentalité, l’envie d’y arriver.

TIPS à l'intention des développeurs

Vous souhaitez vérifier rapidement si votre site répond aux critères d’accessibilité ? Avant d’aller vérifier sur le site de WCAG, voici l’astuce de Marcel pour faire un check rapide :

Faites « Ctrl + Windows + Entrée  » ou « Commande + F5 » sur Mac pour activer le lecteur d’écran. Vous verrez de suite si l’accessibilité de votre page web ou de votre application est bonne.

Et n’oubliez pas de renseigner les attributs « alt » pour vos images.

Virginie Duboscq

Virginie Duboscq

Je crée des sites web pour les entrepreneurs. J'aime partager mes connaissances pour rendre le web accessible à tous ceux qui souhaitent gérer eux-même leur communication digitale.

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