La Yogathérapie avec Corinne Chauveau

Pendant le confinement, nous sommes nombreuses et nombreux à avoir repris une activité physique. J’ai opté pour des cours de Yoga en ligne et les bienfaits ne se sont pas fait attendre : abdos plus toniques, dos étiré, bras plus souples, … 

Mais au-delà de la pratique, il existe également la thérapie par le Yoga. Corinne Chauveau, ancienne orthophoniste, est Yogathérapeute. Elle vous explique tout. 

Au programme ...

Peux-tu nous présenter les différentes étapes de ton parcours professionnel ?

J’ai une formation d’orthophoniste. Quand j’étais petite, je voulais être esthéticienne, diététicienne, prof de gym. Et je voulais m’occuper d’enfants. C’est intéressant parce que finalement, ce que je suis maintenant, ça regroupe un peu tout ça. Ayant été moi-même dyslexique et dysorthographique, j’ai finalement été orthophoniste. J’ai fait ça pendant 22 ans, d’abord en libéral puis salariée dans des structures spécialisées. De par le travail de mon mari, on a beaucoup bougé. On est arrivés à Perpignan. J’ai vu une évolution au niveau du médical et paramédical qui a fait que je me sentais plus du tout en accord avec la façon de fonctionner de ce milieu. J’ai donc fait un bilan de compétences pour voir qu’est-ce que je pouvais faire en ayant un diplôme d’orthophoniste. À l’époque, j’avais commencé à faire du yoga pour moi.

 

Un jour, ma prof de yoga me parle d’une formation de prof de yoga à Perpignan. Elle m’a donné un petit livre qui s’appelait Le yoga créatif des enfants. J’ai eu comme un coup de foudre. À l’époque, je travaillais avec des enfants qui avaient de gros troubles du comportement. Alors, je me suis lancée, je suis allée à cette formation et je me suis tout de suite sentie complètement alignée. C’était magique.

 

Comme je te disais tout à l’heure, je retrouvais dans cette formation tout ce que j’avais toujours aimé. Pourquoi je voulais être esthéticienne ? Parce que je voulais amener du bien-être aux gens. Pourquoi je voulais être diététicienne ? Parce que j’ai toujours été très intéressée par l’alimentation et l’hygiène de vie. Et puis, prof de gym pour le bien-être du corps. Dans le Yoga, on retrouve tous ces aspects-là.

 

En parallèle de cette formation, j’ai cherché à faire une formation de Yoga pour enfants. La personne qui l’enseignait, faisait aussi du Yoga Nidra. Là encore, ça m’a beaucoup parlé parce qu’en tant qu’orthophoniste, j’avais fait des formations de PNL [ndlr: programmation neuro-linguistique] et d’hypnose. Avec le Yoga Nidra, j’ai retrouvé ces aspects-là. Au total, je me suis formée pendant trois ans, tout en étant toujours orthophoniste à temps partiel. Puis, j’ai créé des cours de Yoga pour enfants dans l’école de mon fils qui était en primaire à l’époque.

 

La directrice m’a tout de suite fait confiance. On a développé des cours pour les enfants avec de grosses difficultés. Les enfants ont bien adhéré et ont bien progressé pendant l’année. Les enseignants étaient bluffés.

Les enfants avaient quel âge ?

C’était des classes du CP au CM2. Puis cela s’est su. D’autres parents d’élèves voulaient que leurs enfants participent aussi. J’ai donc créé un cours Yoga pour enfants dans mon village, au sein de mon club de Yoga, où j’allais en tant qu’élève. Ça a tout de suite marché. J’étais assez pionnière à l’époque parce que ça n’existait pas sur Perpignan. Je suis devenue professeur de Yoga en 2007. J’ai repris des cours de profs qui partaient en retraite ou qui arrêtaient. Du coup, je me suis retrouvée avec plusieurs cours différents, enfants et adultes, au sein de plusieurs associations communales.

J’ai toujours été intéressée par la relation entre le yoga et la santé. J’ai donc entamé une formation avec le docteur Lionel Coudron pour devenir Yogathérapeute. En 2015, j’étais diplômée et à partir de là, j’ai créé Be HappYoga.

 

C’est un studio de Yoga avec des cours pour enfants, adultes, femmes enceintes et jeunes mamans. Mais je propose aussi des séances individuelles de Yogathérapie. L’année dernière, j’ai déménagé dans une autre région. Du coup, j’ai décidé de lancer des cours en ligne.

Qu’est-ce qui t’a motivé à devenir Yogathérapeute ?

La relation Yoga et santé est quelque chose qui m’a toujours énormément intéressée. Les gens venaient me voir à la fin des cours, pour des problèmes de dos, de ventre, de stress et me demandaient des conseils. J’étais frustrée parce qu’en 5 minutes, tu ne peux pas bien conseiller. Avec la Yogathérapie, j’ai senti que j’avais des outils complètement adaptés aux questions de mes élèves. Je pouvais me permettre de les recevoir individuellement et de les aider de façon vraiment complète.

Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’est le Yoga ? Quels sont les différentes pratiques ?

Le Hatha Yoga est le Yoga traditionnel. Tous les autres Yogas dérivent de celui-là. Par exemple, l’Ashtanga Yoga est un yoga très physique et qui s’axe sur les enchaînements de postures. L’Iyengar Yoga très précis qui utilise beaucoup de matériel : sangles, briques, … Il existe aussi des Yogas plus méditatifs, d’autres plus orientés sur la connaissance des textes sacrés, d’autres plus sur la philosophie, d’autres plus dévotionnels avec plus de mantras…

Pour revenir au Hatha Yoga : “Ha” veut dire soleil et “Tha” signifie lune. Yoga veut dire union. En fait, le Hatha yoga cherche à unifier la lune et le soleil, c’est à dire notre énergie d’action, masculine, (système sympathique) qui est notre énergie solaire avec les postures, les respirations toniques ; et notre énergie de détente, d’introspection, plus féminine, notre lune (système parasympathique). 

 

"On va essayer d'unir ces deux énergies en nous, de les harmoniser pour devenir plein d'énergie tout en étant très calme à l'intérieur."

On va donc associer le geste et le souffle. Et on rajoute des méditations et des temps de pause de relaxation pour calmer le mental. Pendant le cours on alterne entre des temps solaires, actifs et des temps lunaires, de pause, d’intériorisation. 

 

Après, il existe différentes écoles de Hatha Yoga. Et chaque professeur a sa personnalité et son vécu du Yoga et le retransmet dans ses cours.

Et la différence avec la Yogathérapie ?

C’est de la thérapie, donc la personne vient de façon individuelle, avec une problématique particulière à résoudre.

 

Ça peut aller de problèmes sur le plan physique (douleurs dorsales, articulaires, digestives, migraines), mais aussi sur le plan psychologique (stress, problèmes de sommeil, d’anxiété). On utilise les outils du yoga comme les postures, les respirations, la méditation. Mais on a aussi d’autres outils qui sont issus de la thérapie cognitivo-comportementale, par exemple.

 

On peut aussi utiliser l’EMDR [ndlr : Eye Movement Desensitization and Reprocessing] qui utilise le mouvement des yeux. D’ailleurs cet outil a été développé à partir d’une pratique de yoga spécifique pour les yeux. On utilise aussi des conseils en hygiène de vie, rythme de vie, en alimentation, etc. On peut proposer des compléments alimentaires et un peu de phytothérapie.

Est-ce que les conseils en hygiène de vie sont adaptés à l'Occident ou plutôt basé sur l'Ayurvéda ?

Ce sont des conseils d’hygiène de vie occidentale. L’Ayurveda est une science très complexe. Mais le plus important reste les outils de yoga.

 

On a également un autre outil qui est l’évaluation de nos ressentis. Qu’est-ce que nous ressentons dans notre corps, mais aussi les pensées positives. Au fur et à mesure de la séance, on voit s’il y a un impact sur les pensées ou/et  sur les sensations physiques.

 

La première séance, j’évalue toute l’hygiène de vie de la personne : comment vit-elle ? Est-ce qu’elle bouge ? Comment elle mange, digère, dort …?

 

Cela me permet d’évaluer l’environnement global. Ensuite, je vais proposer de petits exercices d’environ 20 minutes. On les fait ensemble et j’enregistre ma voix pour que la personne, une fois chez elle, puisse reproduire. On se revoit environ 3 semaines après et on regarde si la personne a pu mettre en place des choses et quels sont les effets ressentis. On continue à adapter comme ça entre cinq et dix séances. Ça dépend de la problématique mais aussi de l’investissement de la personne. Le but reste de rendre les gens autonomes.

Tu fais aussi du Yoga Thérapeutique Hormonal. Est-ce que c’est une composante de la Yogathérapie ?

J’ai appris ce yoga en formation avec Dinah Rodriguez, qui a créé ce yoga spécifique. Il s’agit d’un ensemble de postures qu’il faut faire dans un certain ordre avec une respiration qui active l’énergie et des visualisations. Elle a 92 ans, ça fait donc maintenant 30 ans qu’elle fait pratiquer son yoga et elle a du recul en termes de résultats.

 

Je le propose en ateliers avec plusieurs femmes. C’est intéressant pour tout problème de syndrome menstruel, ménopause, stérilité/ fertilité, … Cela peut même permettre de réduire les doses des traitements hormonaux. Il existe un enchaînement pour les hommes et pour le diabète également.

Je n'avais jamais entendu parler de ça, ni même en pharmacie à l'époque.

Le problème est que ça demande un investissement personnel énorme. Tu vois sur les 50 femmes que j’ai formées, il n’y en a que 10 qui continuent à le faire. Les gens préfèrent prendre des médicaments. Je le pratique personnellement parce que j’ai des problèmes de thyroïde et après 1 an de pratique, mon traitement a baissé.

 

C’est intéressant de le pratiquer à partir de 35 ans, car chez la femme il y a une baisse hormonale normale et donc pour avoir une belle ménopause, il faut anticiper et ne pas attendre d’avoir des troubles.

Qui sont tes clients ? Est-ce que tu remarques des problèmes particuliers récurrents ?

Il y a tous les âges, que ce soit des hommes ou des femmes. La plus petite avait 9 ans, elle avait vu mon flyer à la piscine et a dit à sa maman “il faut que j’aille voir cette dame” [ndlr : elle avait des problèmes de stress en compétition de natation]. En 2 séances c’était réglé. D’ailleurs, elle avait gagné la compétition suivante.

 

Sinon, il y a 2 grands axes : le stress et les problèmes de dos.

Et quels bénéfices peut-on en attendre ?

Les bénéfices sont multiples et dépendent de la motivation et de la pratique régulière de la personne. Elle devient autonome par rapport à sa santé.

 

Elle va avoir une boîte à outils et utiliser ces exercices avant que la situation n’empire. Donc ça, c’est quand même énorme.

"L'outil principal en Yogathérapie est notre corps."

Par exemple si on ressent un nœud au niveau du cœur, je vais proposer un travail d’ouverture à ce niveau, pour aller faire circuler cette énergie bloquée, que ce soit par des postures, par des respirations ou par des méditations. On va essayer d’ouvrir et de faire circuler cette énergie qui s’est cristallisée à un endroit du corps. On peut agir par trois endroits différents qui sont le corps, le souffle et le mental : comme l’un interagit avec l’autre, ça forme une sorte de triangle.

Selon toi, qu’est-ce qui te caractérise en tant que Yogathérapeute ?

Je pense que mon passé d’orthophoniste m’a permis d’acquérir une sorte de gymnastique mentale qui fait que quand une personne vient me voir, je peux bien la comprendre et orienter mes questions. Parfois, lorsqu’on a un mal être, tu ne sais pas trop par où commencer. En orthophonie, on nous apprend à faire un diagnostic, donc j’ai ce réflexe mental qui fait que je cible bien le problème. Je pense que je suis très à l’écoute, avec beaucoup de bienveillance et d’attention à l’autre, ce qui fait que je vois tout de suite si certains exercices sont adaptés ou non. C’est une sorte de facilité que j’ai.

Ce que j'entends, c'est comme si tu avais réussi à tirer le meilleur des deux. En gros, tu as réussi à transposer ce que tu aimais dans l'orthophonie et tu l'as adapté avec d'autres outils dont le Yoga.

Voilà, c’est exactement ça. J’ai gardé ce que j’aimais de mon métier d’orthophoniste et je l’ai appliqué au Yoga. Quelque part, je pense que le bilan de compétences m’a aidé à prendre confiance en moi et à trouver mes points forts pour les réutiliser dans un autre contexte.

Quel est ton plus grand défi aujourd'hui dans ton activité ?

Mon plus grand défi aujourd’hui est de mettre tout ça en ligne. J’aimerais bien pouvoir arriver à faire de la Yogathérapie à distance. C’est un vrai défi.

Pourtant, tu as déjà démarré tes cours de Yoga en visio.

Oui, les cours de Yoga c’est plus facile pour moi. Je pense que d’ici septembre, je proposerai des séances individuelles en Yogathérapie.

[ PORTRAIT CHINOIS ]

Merci Corinne, si tu veux, on va terminer avec le portrait chinois. Quelle est la personnalité qui t'inspire ?

Amma. Pour ce côté bienveillant et très maternant. Je ne l’ai jamais rencontrée, mais elle fait partie de ma vie.

Est-ce que tu aurais un livre à nous conseiller ?

Le pouvoir du moment présent d’Eckhart Tollé. C’est un livre qui m’a beaucoup marqué. Tu peux le lire et le relire, tu auras toujours une nouvelle interprétation de ta lecture.

Est-ce que tu aurais un plat ou une recette à nous partager ?

Je vais te faire rire parce que mon plat s’appelle “Les miettes aux pommes”. En fait, c’est le crumble français. Quand j’étais petite, j’adorais cuisiner et je n’arrivais pas à dire crumble alors je disais miettes aux pommes. Je l’avais même proposé pour un concours de cuisine et j’avais gagné un livre de recettes. Donc, c’est un plat mythique chez nous.

Est-ce que tu as un mantra, une phrase positive ?

« Le bonheur n’est pas une finalité, mais un chemin de vie. »

Comment est-ce que tu te documentes : est-ce que tu regardes ou lis des médias particuliers ?

Depuis quelques années, je m’intéresse aux publications d’une astrologue. Elle s’appelle Sandrine Verrycken. La lune est un astre qui m’attire depuis toujours. Pendant un an, j’avais fait un coaching sur les phases lunaires (Abondance lunaire). C’était sur l’impact de la  position de la lune dans chaque signe astrologique au fil de l’année : exemple la lune en bélier, en taureau, …

J’avais suivi ce coaching  parce que j’organise des cercles de femmes autour de la lune. Je voulais donc m’inspirer de ce qu’elle fait. J’aime beaucoup sa façon d’appréhender l’astrologie.

Une dernière question : quelle est ta posture de Yoga préférée ?

J’aime beaucoup la charrue, avec les jambes de l’autre côté de la tête qui touchent le sol. Sinon j’aime aussi la posture du poirier, c’est comme la chandelle mais ton corps repose sur le sommet de crâne.

"La posture du poirier te permet de voir la vie autrement, à l'envers."

Les postures ont aussi une dimension spirituelle. Elles ont chacune un symbole et un travail autant physique que psychologique.

Merci beaucoup Corinne d'avoir répondu à mes questions.

Retrouvez les cours de Corinne sur la plateforme Eversports.

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